Trente années à couvrir le monde pour l’AFP dont cinq à l’Elysée ! A l’heure de la campagne présidentielle, le photojournaliste Eric Feferberg revient sur les spécificités de son métier de correspondant de l’Elysée.
Baise main lors des cérémonies du 14 juillet 2010 à La Concorde © Photo AFP / Eric Feferberg
Quel parcours vous a permis de devenir photographe correspondant à l'Elysée ?
J’ai appris la photo par moi-même, dans les livres, grâces aux photos des autres, de mes pères. A l’âge de dix ans mon grand-père m’a donné son appareil à soufflets. J’ai tout de suite aimé alors j’ai appris à tirer et à développer. Concernant la formation, bac en poche j’ai étudié brièvement les sciences économiques à la fac avant de me lancer dans le journalisme: d'abord dans un journal local à Dijon, puis à l’AFP au bureau de Dijon, ensuite au bureau de Strasbourg et enfin à Paris où je suis depuis vingt ans. J’ai été amené à couvrir l’actualité sous toutes ses formes : grands événements sportifs (Jeux Olympiques, championnats du monde en tous genre, athlètisme, ski, patinage, gymnastique, Formule 1, Dakar), conflits (Iran-Irak, Somalie, Soudan, Zaïre, Kosovo, Bosnie, Macédoine, Guerre du Golfe, Irak, Israel, Lybie…) et également de la politique, des faits divers, de la mode, des expéditions autour du monde à bord de La Boudeuse.... bref, l’actualité sous toutes ses formes, comme on l’attend d’un photographe à l’AFP.
Je suis curieux de tout, n'étant jamais arrivé à satiété de ma curiosité. Avoir la chance de découvrir et photographier le monde sous tous ces aspects m’a donné une vie d’une richesse inouïe. A chaque fois que je peux découvrir un sujet nouveau, je suis volontaire. Ma passion pour mon métier est intacte.
Depuis septembre 2007, je suis correspondant à l’Elysée avec un autre photographe de l’agence. Au total, nous sommes sept ou huit photographes à suivre le Président régulièrement.

Franche discussion avec un délégué syndical dans un atelier de maintenance de la SNCF le 26 octobre 2007 en banlieue Parisienne © Photo AFP / Eric Feferberg
Quelles sont les contraintes particulières d'un correspondant à l'Elysée ?
Evidemment, on ne fait pas ce que l’on veut. Il y a d’une part toute la période où l’on suit le Président de la République et puis il y a d'autre part la campagne. En tant que correspondant à l’Elysée pour suivre les activités du Président, tout est cadré et organisé très précisément: la liberté de mouvement et de choix des angles de prise de vue est effectivement assez réduite les emplacements sont bien souvent imposés et l’accès au président extrêmement réduit; seuls deux ou trois photographes peuvent le photographier en pool. Par le jeu des pools, les images sont mises en commun pour les différentes agences inscrites au comité de liaison.
Visite au parlement du Congo Brazzaville le 26 mars 2009 © Photo AFP / Eric Feferberg
Y-a-t-il une complicité qui se construit au fil du temps avec le Président ?
Non, pas vraiment. Les photographes de presse ont des accès très réduits au président à quelques exceptions près.

Glissade aux Glières le 18 mars 2008 © Photo AFP / Eric Feferberg
Comment travaillez-vous dans ce contexte ?
Dans les moments qui nous sont impartis, nous essayons de trouver des angles, de tirer le meilleur parti de ce qui nous est autorisé. Nous demandons toujours plus d’angles, d’accès mais cela nous est souvent refusé. C’est à nous de jouer avec notre façon de voir. Deux photographes sur le même événement ne feront pas les même images.
Cela dit, Nicolas Sarkozy est un «bon client» pour les photographes parce qu’il est expressif: on arrive à lire sur son visage ce qu’il ressent, ses émotions, au moment où il s’exprime. On peut avoir une mosaïque d’expressions différentes en très peu de temps.

L’appareil photo est une arme terrible qui peut faire et défaire les gloires. 
Est-ce un réel engagement de suivre le Président ?
Effectivement, correspondant à l’Elysée, c’est un travail intense qui demande beaucoup de disponibilités ! Les neuf premiers mois, j’étais seul et on s’est très vite rendu compte qu’il fallait un deuxième photographe. Je ne fais que ça depuis cinq ans. Avec un temps colossal passé dans les transports! Même si nous avons fait cinq fois le tour du monde, nous n’avons jamais visité les pays. Nous ne restons que quelques heures dans les pays où le Président se rend.
Tendresse au Palais de la Moncloa le 28 avril 2009 à Madrid © Photo AFP / Eric Feferberg
Y a-t-il une différence dans votre travail depuis que la campagne est lancée ?
Oui, Les accès sont plus ouverts. Il y a beaucoup plus de journalistes ce qui donne lieu très souvent à des mêlées ouvertes autour du candidat où chacun cherche sa place pour recueillir sa déclaration, son image. Si on l’approche plus facilement, pas de connivence particulière. A l’AFP, en tant que grossiste média, on transmet des photos qui doivent convenir à tous les abonnés et clients et qui sont de tendances très différentes. Mes photos peuvent être publiées aussi bien dans Le Figaro que dans Libération, L’Humanité ou d’autres magazines.

Visite d’un atelier mécanique d’une ferme le 6 avril 2010 dans l’Essonne © Photo AFP / Eric Feferberg
Comment se passe l’éditing ?
Je fais moi-même le choix des images que j’envoie (20 ou 30 en moyenne). Puis je fais la transmission par internet ou 3G, au plus vite.

Carla Bruni-Sarkozy et la Princesse Laeticia d’Espagne le 27 avril 2009 au Palais de la Zarzuela à Madrid © Photo AFP / Eric Feferberg
Sur quels critères faites-vous cette sélection ?
La photo doit montrer au mieux le but de la visite du Président, les lieux, son humeur. S’il s’agit de transmettre des photos d’attitudes lors de discours, je fais une série d’expressions différentes. Cela fait partie des exercices imposés à chaque discours. C’est très redondant même s’il est très expressif et nous donne l’occasion de faire des images variées que l’on est obligé de sélectionner. Dernièrement, lors d’une émission de télévision, il nous a demandé si nous n’en avions pas marre de le photographier, je n’ai pas menti, je lui ai répondu : oui, un peu…

Footing à Central Park avec Bernard Kouchner le 24 septembre 2009 à New York © Photo AFP / Eric Feferberg
Ces cinq années d'accès privilégiés s'achèvent peut-être bientôt. Quel bilan en tirez-vous ?
Mon poste arrive à terme à la fin de la campagne. Si je fais un retour sur cinq ans, le nombre d’images intéressantes que j’ai pu faire va me donner un panel très riche sur le personnage et son activité.
Cette période m’a permis de découvrir comment le travail de la communication du Président s’organise avec les médias à l’Elysée. On n’est pas toujours satisfait. On a bien eu des occasions de le faire savoir, notamment sur la limitation des accès. Par exemple, nos collègues couvrant la Maison Blanche ont systématiquement accès à toutes les activités du Président américain,ce qui n’est pas le cas à l’Elysée.
Il y a des photos de Nicolas Sarkozy qui resteront. En établir la liste serait long mais par exemple : Sa passation de pouvoir avec Chirac, Les photos avec Carla Bruni, la visite de Barack Obama, de Kadhafi , ses contacts musclés au début de son mandat avec des ouvriers, ses expressions gestuelles lors de ces discours, …...

Réception de Barack et Michelle Obama au Palais des Rohan de Strasbourg le 3 avril 2009 lors du sommet de l’Otan © Photo AFP / Eric Feferberg
Selon vous, qu'est-ce qu'une photo réussie ?
C’est une bonne question car si aujourd’hui presque toutes les photos sont techniquement réussies, il y en a toujours qui reflètent mieux l’évènement, le contexte, l’humeur grâce à leur composition, la lumière, si on a réussi à capter un moment où il se détache de toutes les personnes qui le suivent.
Vœux aux armée à la base navale de Lanvéoc-Poulnic le 3 janvier 2012 © Photo AFP / Eric Feferberg
Quel matériel utilisez-vous ?
Jusqu’à aujourd’hui les Nikon D3 et D3s remplacés depuis quelques jours par le Nikon D4. Pour les optiques, les deux zooms NIKKOR 24-70mm f/2.8 et NIKKOR 70-200mm f/2.8 VRII. J’aime beaucoup le NIKKOR 300mm f/2.8 et les optiques fixes 24mm f/1.4, 35mm f/1.4 ,85mm f/1.4.
Une petite andecdote à partager ?
Récemment le service de presse refusait systématiquement que l’on puisse faire des photos dans son dos lors des interventions en public. J’ai insisté pendant plusieurs semaines pour pouvoir placer un appareil télécommandé au meeting de Villepinte. J’ai obtenu l’autorisation de Franck Louvrier au dernier moment.
J’ai finalement pu placer deux Nikon D3 sur les rampes d’éclairage. Les photos étaient très réussies. La photo a fait une double page dans Paris Match et Le Point et fut reprise sur de nombreux sites internet.
Meeting de Villepinte le 11 mars 2012 © Photo AFP / Eric Feferberg