Lors de son dernier déplacement au Sénégal, le photographe reporter Julien Gérard est parti avec le Nikon D3, le nouveau Nikon 1 V1 et un micro Nikon ME-1 pour un test terrain. Il a choisi de ne pas ménager ces boîtiers , en les emmenant sur la décharge de Mbeubeuss. De retour en France, il partage son expérience.
mbeubeuss par JulienGERARDphotographe
Quel matériel avez-vous utilisé pour votre reportage ?
Je travaille avec un Nikon D3, qui est resté mon appareil de travail principal sur ce reportage. A l'aide d'une pièce usinée spécialement sur mesure, le Nikon 1 V1 et le Nikon ME-1 ont été fixés sur la griffe du flash de l'appareil photo. Le Nikon 1 V1 a été placé de façon à apercevoir une partie de l'objectif pour mettre le spectateur en immersion et pour un rendu terrain, type "caméra à l'épaule".
Le Nikon D3 m'a permis de réaliser mon reportage photo tandis que le Nikon 1 V1 fut l'outil principal de réalisation du making-off du reportage. J'ai filmé l'intégralité de mon travail sur le terrain puis réalisé un montage à mon retour. La qualité du film est bien supérieure à ce que j'avais pu connaître auparavant avec du matériel compact.
Le setup de Julien : Un Nikon 1 V1 monté sur la griffe flash du Nikon D3 et suppléé par un micro Nikon ME-1
Quel est l'intérêt d’un tel film ?
L'intérêt d'une telle installation est de rendre compte des conditions de reportage sur le site de la décharge de Mbeubeuss : les fumées nocives qui gênent les prises de vues, le bruit continu des camions, les soupirs qui disent tant de choses, des attitudes plus naturelles des personnes interrogées mais aussi des refus d'être photographié. On prend également la mesure des distances à parcourir dans la décharge, des différentes zones (habitation, restaurant, tri du métal...) et surtout de l'étendue impressionnante du site, 175 hectares ! Il ne manque que les odeurs !
Pourquoi avoir choisi de tester le Nikon 1 V1 sur la décharge de Mbeubeuss ?
La décharge de Mbeubeuss, à quelques kilomètres de Dakar, vit jour et nuit au rythme des déchargements des camions d'ordures. Elle s'organise comme une ville : 1200 personnes y travaillent chaque jour et 400 y vivent dans des abris de fortune. Le plastique, le métal, toutes ces petites richesses potentielles sont traquées dès les déchargements. Les travailleurs de la décharge se plaignent de leur vie difficile.
Cependant, la plupart d’entre eux souhaiteraient rester. Leur vie est ici, ils ont leurs habitudes au restaurant, leur abri pour se reposer, leurs repères. Surtout, il ne savent pas de quoi ils pourraient vivre en dehors de la décharge. C'est un reportage qui se prête bien à un traitement très terrain et qui doit se nourrir de contenu multimédia. J'avais déjà réalisé un reportage sur place l'année dernière mais comptais justement revenir pour l'enrichir de son et de vidéo, pour mieux rendre compte de la situation. Si certaines ONG se battent pour améliorer les conditions de vie sur le site, force est de constater qu'en un an, rien n'a bougé. Et si la décharge fermait ? Quelles seraient les solutions de repli de ses habitants ? A ce jour, personne n'a de réponse.
Sur quoi porte votre reportage ?
Mon reportage est basé sur l'humain. Ce sont les habitants de la décharge qui nous mènent à travers les différentes zones du site. Ils nous présentent leurs amis, partagent leurs pauses, nous font visiter leur "toit" avant de partager un repas. Ils nous parlent de leur présent surtout car ne savent pas de quoi sera fait leur futur. Le reportage est un instantané de ces vies en marge. Dans leurs voix et sur leurs visages, on entend et on lit leur résignation. Pourtant la vie reprend le dessus, elle s'organise comme dans une ville normale ou presque. Derrière un rideau de fumée dû à l'incinération de déchets non recyclables, on distingue des enfants à la recherche de menus trésors.
Nous y avons vu un parallèle avec « War Photographer » de Chritian Frei, était-ce une inspiration ?
Bien entendu, j'aime beaucoup le travail de Chritian Frei, à la différence qu’il suivait le photographe James Nachtwey et que moi j’étais seul ! Je pense que nous irons de plus en plus vers des travaux photo hybrides. La photo n'est plus statique, elle s'appuie sur le son, sur des vidéos complémentaires. Sur Mbeubeuss, j'ai eu la possibilité de filmer mon reportage photo. Cela permet de rendre compte des "coulisses" et de transmettre une vérité plus brute car la vidéo, semblant secondaire, s'oublie plus facilement qu'un appareil photo. Depuis, j'ai travaillé sur un nouveau reportage au Bénin pour lequel j’ai également fixé une caméra sur le Nikon D3. Ceci m’a permis de réaliser un stop- motion complémentaire.
En conclusion, quel est votre ressenti sur votre expérience Nikon 1 V1 ?
L'arrivée de la gamme Nikon 1 colle totalement à cet esprit multi-support et devance même la tendance en proposant un nouveau format avec l'instant animé. Je verrais bien évoluer le format de ces fichiers afin de se passer de player video et de pouvoir visionner ces instants animés tels des gifs animés... Par ailleurs, l’innovation que je trouve particulièrement intéressante est liée à la prise de photo en très haute définition pendant l’enregistrement vidéo, sans l’arrêter. Je crois qu’elle est également présente sur le tout nouveau Nikon D4 (NDLR: c'est le cas) et c’est un grand plus selon moi. Je me réjouis de ces nouvelles possibilités qui me semblent correspondre à une nouvelle pratique de la photo. Elles favorisent la créativité et concourent à la production de contenus enrichis.

J'aime beaucoup l'idée, le résultat est impressionnant, avec un sentiment d'immersion dans un lieu qui semble apocalyptique. Un grand coup de chapeau à Julien Gérard. Good stuff !
Rédigé par : Hervé LE GALL | 12/01/2012 à 11:29
plus que 4 ou 6 ans et on obtient le film WAR PHOTOGRAPHER de James Nachtwey... quitte à copier autant ne pas se prendre la tête.
Rédigé par : Azety | 12/01/2012 à 15:02