Dans la seconde partie du projet Via PanAm – une traversée du continent américain du Chili à l’Alaska – le photojournaliste et Nikoniste Kadir van Lohuizen décrit son voyage sur les lacs de sel et dans les mines de lithium en Bolivie.
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“Malgré le fait que la route panaméricaine ne traverse pas la Bolivie, je crois que ce pays est simplement trop intéressant pour ne pas l’inclure dans le projet via PanAm. Le niveau de migration interne y est élevé puisque 80% de sa population est indigène. La Bolivie arbore aussi le premier président autochtone d’Amérique Latine, Evo Morales. Ces faits, ajoutés à mon voyage précédent, me poussèrent à ajouter la Bolivie à mon périple.
J'ai découvert un train qui partait de Calama, situé dans le désert d'Atacama au Chili, jusqu'à Uyuni, dans le sud de la Bolivie. Cependant, une fois arrivé à Calama, j’étais confus : certains habitants prétendaient que le train se rendait à Uyuni alors que d’autres rapportaient le contraire. J’ai réalisé, à mon grand dam, que le bus avait pris le relais du train en tant que mode de transport le plus rapide (comme il semble être le cas dans la grande majorité des pays d’Amérique Latine).
Dans le bus, j'ai expérimenté la montée raide de l'altiplano bolivien, où la frontière est à près de 5000 mètres d'altitude. Les vues sont superbes, mais il manque de plus en plus d’oxygène et je commence à ressentir un léger mal de tête. Je m’étais promis de faire ce projet sur la terre ferme, me donnant ainsi l’occasion de rencontrer des gens sur la route et d’en apprendre davantage sur leur vie.
Pour ce projet sur la migration, je tenais aussi à comprendre les distances que parcourent les gens ici, mais les conditions routières peuvent être difficiles et les distances, longues. C’est un voyage difficile, mais la lumière dans le bus est saisissante. Je pense que je vais pouvoir prendre des photos assez convenables pendant ce voyage en autobus !
Image prise avec un Nikon D700, Lens: 17-35 f2.8 à 35mm f4.5, 1/3200, ISO800
Image © Kadir van Lohuizen / NOOR
Ça fait déjà un moment que je suis sur la route et mon équipement (le Nikon D3s, D700 et mon COOLPIX P7100), ne m’a jamais failli. Pendant que je traverse des contrées inconnues au cours des prochains mois, je continuerai à le mettre à l’épreuve en le soumettant à des altitudes très hautes, des températures extrêmes, et surtout, à des environnements très, très poussiéreux.
Avant que ce projet n’ait commencé, j'avais fait des recherches sur les pays que j’allais explorer. J’avais donc déjà une idée de quelles histoires de migration je voulais couvrir (tout en laissant place à l'imprévu!).
Une des histoires que je tenais à couvrir en Bolivie était le "Salar de Uyuni», le plus grand lac salé au monde. Le paysage est incroyable, mais la véritable histoire réside dans la récente découverte de réserves de lithium. Lithium, vous vous demandez, n’est ce pas ? Oui, le carburant qu’utilise la plupart des batteries de nos jours et surtout l’avenir des automobiles : des voitures électriques ! Donc, comme certains le disent, la Bolivie pourrait devenir le nouveau Koweït du monde, s’il se montre futé.
Image prise avec un Nikon D700, Lens à 30mm f4.5, 1/2500, ISO-200
Image © Kadir van Lohuizen / NOOR
La première mine pilote est maintenant ouverte, mais ma plus grande énigme reste à savoir comment y arriver et comment y accéder. Non seulement il est difficile d’y entrer, parce que la mine est située dans le milieu d’un lac, mais elle est de surcroît une zone interdite. Chanceux que je suis, ma liaison, Daniel Caballero, est le photographe personnel du président bolivien, ce qui lui permet de posséder un carnet d’adresse bien rempli. Avec un coup de fil bien placé au Ministère des Mines, la visite est fixée.
Je n'ai aucune idée à quoi m'attendre. A quoi donc ressemble une mine de lithium ? La vue est magique sur le chemin: l'image ci-dessous l’illustre bien- une île semble flotter dans le ciel.
Image prise avec un Nikon D3s, Lens: 105 mm f2.8, 1/1600 à f11, ISO200
Image © Kadir van Lohuizen / NOOR
Il est clair qu'il a plu - beaucoup. À l’emplacement où le Salar devrait être sec, il est toujours recouvert d'eau- et c'est là où se trouvent les mines. La surface est recouverte de près d'un demi-mètre d'eau, donc aucun moyen de marcher à travers la plaine – et puis d'ailleurs ce serait une marche d’au moins quatre heures!
Être photographe exige un œil sensible aux détails, une intuition pour reconnaitre une bonne histoire, et une bonne dose de chance. L'accessibilité est primordiale. Ainsi, si vous recherchez et analysez bien une histoire, et que vous maîtrisez le sujet, il est plus aisé d’avoir accès à des endroits où d’autres ne verront que des portes fermées. Avoir un contact qui peut vous mettre en relation avec la bonne personne vaut son pesant d’or. Parfois, il vous suffit de vous présenter à un endroit, mais plus souvent qu’autrement, ce sera impossible ; il vous faudra l’assistance d’une personne tierce.
Évidemment, les frais pour votre liaison / traducteur peuvent coûter des sous, mais ces frais vous seront «dédommagés» dans presque tous les cas parce que les images que vous serez en mesure de capturer à partir d'accès restreints en vaudront bien le prix.
Bien que je n’aie que deux semaines en Bolivie, j'ai encore deux histoires de migration que je voudrais aborder. Le prochain arrêt qui pourrait m’aider dans ma quête est le Siglo XX, les mines d'étain, situé à une altitude de 4500 mètres d'altitude.
Je suis familier avec la région parce que j’y suis venu il y a quatre ans. Les idées ne viennent pas du ciel. Ils se cristallisent quand vous lisez quelque chose (je suis l’actualité en permanence) ou quand vous avez déjà visité les lieux, comme c’est le cas en ce moment. Les mines ont officiellement cessé leurs activités dans les années 80. Par contre, elles attirent des gens provenant de toute la Bolivie qui viennent y travailler en raison du prix élevé de l'étain et de la demande mondiale. Lorsque je suis arrivé, j’ai réalisé que si je tenais à raconter cette histoire, je devais absolument aller à l’intérieur avec les mineurs.
Image prise avec un Nikon D700, Lens: 17-35 mm f2.8 à 19mm, f2.8, ISO6400
Image © Kadir van Lohuizen / NOOR
Pour être honnête, ça fait peur ; depuis que la mine a fermé, il n’y a aucunes normes de sécurité maintenues dans les tunnels. Conséquemment, des tunnels se sont effondrés et il n’y a guère de lumière, sauf celle venant des casques. Il fait froid, très froid et puis la température monte soudainement à 45 degrés! Je m’inquiète pour mes caméras car l’environnement est excessivement humide; on croirait qu’elles ont trempés dans l'eau et les optiques me donnent le même effet que de regarder à travers un épais brouillard ; malgré ça, elles continuent de fonctionner. Etonnement, je n’ai pas besoin d’ajuster l’équipement pour obtenir les photos que je veux.
La chaleur me tue et le manque d'oxygène est effrayant, me confirmant une chose : les tunnels n'ont pas été construits pour un Hollandais de deux mètres…je n’ai jamais été aussi heureux de revoir la lumière du jour !
Image prise avec un Nikon COOLPIX P7100, Lens à 6 mm 1/11.2 f3.5, ISO-1600
Image © Kadir van Lohuizen / NOOR
Je veux terminer mon voyage en Bolivie en racontant l’histoire de migration des cultivateurs de coca. Un sujet intéressant puisque le président bolivien Evo Morales était lui-même un cultivateur de coca. Evo Morales comprenait que la coca a toujours fait parti intégrante de la vie en étant utilisée en médecine, pour le thé ou pour être mâchée comme le préfère certaines personnes. C’est la raison pour laquelle, lors de son ascension au pouvoir, il a changé des politiques, autrefois interdites, qui permettent aujourd’hui aux gens de cultiver la coca à des fins personnelles et de revendre de petites quantités (pour le thé par exemple).
L'environnement de travail change radicalement de celle des mines. Je quitte l’ «altiplano» pour me retrouver dans la jungle. Il ne pleut pas seulement quelques heures, mais bien pendant trois jours consécutifs ; exactement quand je dois faire mon photoreportage. J’ai déjà pris des photos sous la pluie, mais le problème cette fois-ci réside dans le fait que les agriculteurs ne ramassent pas la coca lorsqu’il pleut parce qu'ils ne peuvent pas sécher les feuilles. J’ai besoin de la photo d’un agriculteur pendant la cueillette pour compléter mon reportage, sinon il me manquerait un élément crucial.
Image prise avec un Nikon D3, Lens: 50mm f1.4 à f2.8, 1/800, ISO400
Image © Kadir van Lohuizen / NOOR
La chance me sourit finalement le dernier jour- je rencontre une famille qui fait la cueillette malgré la pluie, autrement leurs plantes et feuilles seraient trop vieilles. Il est désagréable de prendre des photos sous la pluie, par contre, vous pouvez utiliser ce matériel dans votre reportage. En outre, cette pratique est peu recommandée pour les caméras, mais je ne m’inquiète pas beaucoup puisque les appareils-photo sont bien protégés. Je dois tout de même déployer un grand effort pour garder mes objectifs à sec. Cela étant dit, photographier cette famille est une excellente façon de mettre fin à mon périple en Bolivie.
Image prise avec un Nikon D3s, Lens: 50mm f1.4, à f5, 1/32o, ISO400
Image © Kadir van Lohuizen / NOOR
Ma prochaine destination sera le Pérou : un pays vaste et extrêmement diversifié. Je fais maintenant quelques recherches afin de m’assurer que les histoires racontées sont bien équilibrées. Une des histoires traitera de l’environnement. J’espère que l’autre sera le portrait de deux familles vivant dans le Nord du Pérou et montrera deux travailleurs domestiques péruviens que j’ai suivi à Santiago où ils vivent et travaillent.
Il ne faut pas oublier la Colombie, le dur à cuir. Je sais très bien où je mettrais les pieds puisque j'y suis déjà allé trois fois, pour couvrir les conflits internes et les combats entre les guérillas, le gouvernement et les groupes paramilitaires. Ce sera un chapitre très important de mon projet puisque la Colombie possède le plus grand nombre de réfugiés internes dans le monde : un exemple de migration forcée.

